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Discours de l’ambassadeur David H. Wilkins

Adieu au Canadian Club, Ottawa

Le 12 novembre 2008

Tel qu’il a été préparé pour sa présentation.

Je vous remercie, Grant, de cette présentation cordiale. Et je tiens à tous vous remercier de passer le dîner avec moi.

C’est un honneur pour moi que tant de membres du corps diplomatique soient présents, ainsi que le général Natynczyk.

Je suis également heureux de pouvoir partager ce moment avec ma femme Susan et les membres de l’Ambassade américaine. Je vous remercie tous.

Je dois avouer que, comme j’approche de la fin de mon mandat ici, au Canada, les occasions comme celle-ci sont pour moi aigres-douces, puisqu’elles signalent le début de la fin de mon séjour ici.

Pendant si longtemps, le Canada a été pour moi le lieu de nouvelles expériences : ma première fête du Canada, ma première période de questions, mon premier Noël blanc et même ma première Pâques enneigée.

Ces derniers temps, il est vrai que Susan et moi avons beaucoup songé au temps qui passe, compte tenu de la naissance, en juin, de nos premiers petits-enfants. Lorsque je vois notre fils Robert s’occuper de son nouveau fils et de sa nouvelle fille, et notre autre fils James gâter son nouveau neveu et sa nouvelle nièce, je me remémore des souvenirs lointains. Il me semble qu’hier encore, ce à quoi James tenait par-dessus tout était une tortue de compagnie!

Contrairement à cette tortue, qui n’allait pas très vite, j’ai l’intention de sprinter jusqu’à la ligne d’arrivée dans les derniers mois qui me restent pour servir mon pays en séjournant dans le vôtre.

Comme la plupart d’entre vous le savent déjà, Susan et moi ne sommes pas des diplomates de carrière. Il s’agit de notre première, dernière et seule affectation diplomatique.

Le Canada était le pays auquel nous avons demandé d’être affectés, et je serai toujours reconnaissant envers le président Bush de nous avoir fait confiance.

Nous sommes arrivés à Ottawa à l’été 2005 pleins d’enthousiasme et l’esprit ouvert, avec l’intention de ne pas perdre notre temps et de profiter de chaque instant.

Au cours de cette période, que d’événements extraordinaires ont marqué l’histoire mondiale!

Le lendemain de l’élection présidentielle historique qui a eu lieu dans mon pays la semaine dernière, la secrétaire Condoleezza Rice a déclaré: [Traduction] «… l’un des avantages de représenter ce pays est qu’il continue de surprendre; il continue de se renouveler; il continue de surmonter tous les obstacles et de dépasser toutes les attentes.»

Au cours des dernières années, en représentant les États-Unis au Canada, j’ai ressenti exactement les mêmes émotions.

Non seulement ai-je été impressionné et inspiré par tout ce que j’ai appris sur le Canada et l’esprit du peuple canadien, mais j’ai également été ému et énergisé par ce que j’ai découvert au sujet de mon propre pays et de la générosité des Américains.

Je m’unis à mon pays et à mon président pour célébrer et honorer la réalisation historique du président désigné Obama.

Comme l’a si bien dit le président Bush : [Traduction] « Ce sera émouvant de voir le président Obama, sa femme Michelle et leurs deux charmantes filles passer les portes de la Maison-Blanche. Je sais que des millions d’Américains seront remplis de fierté à ce moment inspirant, qu’un si grand nombre d’entre eux attendent depuis si longtemps.»

Ce sera un moment mémorable qui passera à l’histoire de mon pays, qui est déjà riche en grands événements.

Et je sais que notre ami et voisin, le Canada, partagera cette fierté.

De plus, ayant consacré ces dernières années, comme un grand nombre d’entre vous ici présents, au renforcement et à l’enrichissement de la relation bilatérale que je considère vraiment comme la meilleure et la plus fructueuse au monde, je déclare, en toute sincérité, que je suis heureux que les Canadiens soient si enthousiastes à l’égard de notre président désigné.

Il est essentiel pour mon pays, pour votre pays et pour tous les pays épris de liberté que le président Obama réussisse ce qu’il entreprend.

Que le président Obama réussisse ce qu’il entreprend.

Je sers un président dont le destin a changé en quelques minutes, un beau matin d’automne, en septembre 2001.

Quoi que vous pensiez de la présidence Bush, au lendemain de la pire attaque terroriste en terre américaine, le président Bush a promis au peuple américain de protéger les États-Unis et il a tenu cette promesse.

Le président Obama héritera d’une démocratie fragile en Iraq et, à la suite de l’opération militaire réussie de renforts dans ce pays, il devra prendre des décisions importantes qui auront des conséquences à long terme.

Nous faisons la lutte au terrorisme en Afghanistan, où le président désigné a dit vouloir affecter davantage de troupes et de fonds américains.

En plus de tout cela, la planète tente de sortir d’une crise financière mondiale.

Concernant l’avenir de mon pays, j’espère de tout mon cœur que, sans sacrifier leurs principes, les adeptes des différentes idéologies pourront mettre de côté leur allégeance politique pour soutenir et épauler le nouveau président lorsqu’ils croiront qu’il a raison.

Et exprimer leur désaccord respectueusement lorsqu’ils croiront qu’il a tort.

En cette saison de changement, ce serait un vent de fraîcheur après les divisions qu’a connu la sphère politique au cours des huit dernières années.

Dans leurs relations avec le monde, les États-Unis doivent être à l’écoute, mais ils doivent surtout mener.

Qu’il s’agisse de la lutte au terrorisme ou du défi économique auquel il faut faire face, ce n’est tout simplement pas le moment pour mon pays de s’isoler de vous, son meilleur ami et allié, ou du reste du monde.

Au contraire, en ce moment, il est primordial que nous collaborions avec nos amis et nos alliés de partout au monde à trouver des solutions.

Nous ne règlerons pas ces problèmes, ni aucun autre, par le protectionnisme.

C’est pour cette raison que le président Bush a convoqué le Sommet du G-20 àWashington, qui doit avoir lieu la semaine prochaine, afin que tous les pays du monde puissent commencer à travailler ensemble à surmonter cette crise.

Les dirigeants du G-20 examineront les progrès réalisés dans le règlement des problèmes. Ils chercheront à s’entendre sur les causes de la crise et établiront des principes de réforme.

Le président Bush a convoqué ce Sommet du G-20 tout comme il avait approché le Mexique et le Canada pour lancer la réunion annuelle des dirigeants de l’Amérique du Nord, afin de discuter des préoccupations propres à notre continent dans ce monde en changement perpétuel.

Mon président a été un bon ami du Canada.

Il a été d’un soutien sans équivoque et constant pour l’ALENA, qui a été si efficace pour les familles de l’Amérique du Nord.

[Traduction] «L’idée de se retirer unilatéralement d’un accord commercial ne relève pas (…) d’une bonne politique pour ce qui est du fond, ni du message que cela enverrait aux personnes qui l’ont signé et y ont travaillé avec nous de bonne foi,» adéclaré le président plus tôt cette année.

Je suis convaincu que mon successeur au poste convoité d’ambassadeur des États‑Unis au Canada sera inspiré par ce qu’il ou elle découvrira ici.

En plus de recevoir le soutien de l’équipe dynamique de la Mission des États‑Unis, qui est dévouée au succès, il ou elle aura la satisfaction de travailler à la relation que je considère comme la plus importante de mon pays.

Je tiens à remercier les personnes dévouées des deux côtés de la frontière; je crois que notre relation bilatérale est aussi saine que jamais.

Lorsque je suis arrivé en 2005, je peux maintenant dire que la situation était tendue.

Nos deux pays traînaient ce que j’appellerais leurs «pommes de discorde bilatérales», c’est-à-dire de l’animosité au sujet de la défense antimissile, du bois d’œuvre, de la maladie de la vache folle, de la guerre en Iraq, de Devil’s Lake. Nous étions tout simplement irrités par nos désaccords.

Bien que nous soyons en accord sur 95 p. 100 des enjeux transfrontaliers, nous consacrions une bonne partie de notre temps et de nos émotions aux 5 p. 100 sur lesquels nous étions en désaccord.

Ajoutez à cela les fortes réactions suscitées par les attaques du 11 septembre et les changements à la frontière et vous comprendrez que notre relation subissait des tensions manifestes.

Cependant, le temps et l’attention se sont révélés des réparateurs efficaces.

Je crois qu’une grande partie du mérite revient au premier ministre Harper et au président Bush, qui ont prêté une attention particulière à cette relation.

Ce sont le premier ministre et le président qui ont donné le ton dès le début et qui ont insisté pour que l’on règle le problème plutôt que de chercher le coupable.

Ils ont travaillé personnellement sur l’enjeu du bois d’œuvre, et nous avons trouvé rapidement une solution.

Chaque jour, à tous les ordres de nos deux gouvernements, je constate avec quelle efficacité nous réglons les enjeux de toute importance.

Aucun acte diplomatique extraordinaire, ni condition préalable, ni planification ne sont nécessaires.

C’est le travail de deux amis qui se connaissent bien, se font confiance et comprennent leurs intérêts mutuels.

Compte tenu des progrès que j’ai observés au cours des dernières années, je dirais que nos deux gouvernements ont appris à se respecter encore davantage.

Chaque fois que je retourne aux États-Unis, je dis aux gens deux choses sur le Canada.

Premièrement, toutes les nations éprises de liberté se doivent d’être reconnaissantes envers le Canada pour le rôle héroïque que jouent les Forces canadiennes dans la lutte au terrorisme en Afghanistan. Le Canada se charge de tâches parmi les plus lourdes, dans les régions les plus rudes de Kandahar et mérite nos remerciements et nos éloges soutenus.

Deuxièmement, c’est le Canada, et non le Moyen-Orient, qui est le fournisseur étranger le plus important de pétrole, de gaz naturel et d’uranium des États-Unis.

Alors que le monde traverse une époque mouvementée, il est bon que notre ami et allié le plus proche produise et fournisse une part importante de l’énergie dont nous avons besoin.

La plupart des Américains seraient surpris d’apprendre que les États-Unis importent davantage de pétrole du Canada que du Moyen-Orient.

Mais ils se sensibilisent.

Et en se sensibilisant, ils en viennent à avoir une reconnaissance et un respect plus profonds.

Par ailleurs, sans vouloir manquer de respect à mes amis des médias, les journaux et la télévision ne donnent pas toujours une idée exacte de la relation entre les États-Unis et le Canada.

Les gens qui sont en service dans nos forces armées et nos forces publiques, les gens qui travaillent le long et des deux côtés de la frontière, en investissant dans des entreprises et en entretenant des amitiés et des mariages heureux, ce sont eux qui assurent le fondement de notre réussite.

Voici un exemple parmi d’autres: ce printemps, nous avons célébré les 50 ans de la NORAD, un accord militaire historique qui permet à nos pays de collaborer à la surveillance du ciel et, maintenant, des eaux de l’Amérique du Nord, afin de se protéger contre les menaces d’origine humaine; ce partenariat est encore plus important à la suite des attaques du 11 septembre.

Et s’il y a un fait qui témoigne de la confiance sacrée qui règne entre nos deux démocraties, c’est que le 11 septembre, c’était un général canadien à la présidence de la NORAD qui détenait le pouvoir d’abattre tout aéronef suspect, lorsque l’espace aérien de l’Amérique du Nord a été fermé suivant les attaques.

Je n’ai passé aucune mauvaise journée dans votre pays, mais j’en ai connues plusieurs difficiles!

Cependant, même les journées difficiles ont été bonnes.

Seuls quelques privilégiés ont eu la chance de représenter mon pays dans le vôtre, et je rends grâce tous les jours d’avoir eu cette occasion.

Toutefois, lorsque je me rappelle mes meilleures journées ici, je pense aux moments que j’ai eu l’honneur de passer avec les citoyens canadiens les plus engagés, àsavoir les hommes et les femmes des Forces canadiennes.

J’ai tenté de visiter le plus de bases possible, de Valcartier à Cold Lake et Shiloh, à Gagetown et Petawawa, et toutes les autres entre celles-là.

Comme un grand nombre d’entre vous le sait déjà, l’événement le plus marquant de mon passage ici a été le voyage que j’ai eu l’occasion de faire à Kandahar, à Noël dernier, avec le général Hillier et le ministre MacKay.

C’était un honneur pour moi de remercier ces braves jeunes Canadiens de tout risquer au nom de la liberté.

Le fait de les observer personnellement à l’œuvre dans une zone de guerre est une expérience qui donne à réfléchir: leurs conditions sont rigoureuses, leurs commodités limitées.

Cependant, leur esprit, leur attitude, leur confiance et leur moral… sont à leur plus haut niveau.

Nous sommes privilégiés d’avoir ces défenseurs de la liberté hautement qualifiés, qui sont aussi nos employés les plus humbles et les plus dévoués. Ils croient en leur cause. Et ils nous en apprennent tant.

J’ai quitté Kandahar à Noël dernier profondément reconnaissant de tout ce dont nous bénéficions en Amérique du Nord.

En fin de compte, c’est pour cette raison que j’arrive au terme de mon expérience extraordinaire au Canada rempli d’espérance et d’optimisme face à l’avenir.

Ma foi m’apprend qu’il est attendu de grandes choses de celui qui a beaucoup reçu.

Dans un monde rempli de grands défis, je crois que nos nations continueront d’être appelées à ouvrir la voie, à être signe d’espérance dans ce monde.

À l’avenir, nous aurons sans doute à prendre des décisions déchirantes et imprévues.

Et comme nous l’avons toujours fait, nous ferons face à l’avenir courageusement et sans crainte.

Je crois cela, j’en suis convaincu, car tout au long de nos histoires respectives, les peuples de nos deux démocraties sont allés toujours plus loin et ont soutenu des charges qui, logiquement, auraient dû les écraser.

Dans le passé, lorsque des tyrans ont menacé de détruire ce que la liberté avait permis de construire, face aux situations les plus noires possible, lors des deux guerres mondiales, des héros canadiens et américains ont répondu au même appel au service et ont versé leur sang sur les mêmes champs de bataille étrangers.

Aujourd’hui, nous continuons de répondre à l’appel, sachant que la liberté prévaut toujours au final.

Et nous nous chargeons des tâches les plus lourdes… et nous portons le flambeau de la liberté.

Nos deux pays viennent de tenir des élections nationales qui ont constitué en soi une célébration de la démocratie à l’œuvre, un transfert de pouvoir sans armes, sans armées et sans effusion de sang.

Et nos nouveaux gouvernements sont déjà entrés en communication, ce qui illustre encore une fois la force et l’importance de cette relation.

Et lorsque les pommes de discorde surviendront, et elles surviendront certainement, le Canada et les États-Unis feront ce que les amis doivent faire : trouver une solution.

Alors que Susan et moi nous préparons à quitter le Canada en janvier, nous constatons que nous rapporterons beaucoup plus de bagages que nous avions apportés.

Nous mettrons dans nos valises des souvenirs de notre vie ici:

  • Des photos et des souvenirs de chaque province et territoire.
  • Des boîtes de lettres gentilles et encourageantes provenant de gens de partout au Canada… et même des lettres moins gentilles, dont ma préférée, qui provient d’un homme qui était si fâché contre moi qu’il m’a menacé de me traîner par les cheveux jusqu’à l’autre côté de la frontière! (Une menace plutôt futile… manifestement, il ne me connaissait pas très bien.)

Tout ceci n’a pas de prix :

  • Les sourires et les souhaits bienveillants de milliers de Canadiens que nous avons rencontrés en chemin.
  • L’escouade de sauvetage de Vancouver et les marins canadiens qui nous ont touchés profondément et ont prêté main-forte à notre pays après l’ouragan Katrina.
  • Les prières marquant chaque anniversaire des attaques du 11 septembre…

Ce sont là les trésors inestimables d’un privilège auquel nous ne nous attendions pas, mais qui a grandement enrichi nos vies.

Lorsque je suis arrivé à Ottawa, j’ai déclaré que mon but était de renforcer la relation entre les États-Unis et le Canada : de la promouvoir et de faire reluire de nouveau cette pierre précieuse.

Je laisse à d’autres le soin de juger si j’ai réussi.

Cependant, au terme de mon mandat, je peux dire qu’un plus grand nombre d’Américains savent maintenant à quel point le Canada est important, non seulement pour les États-Unis, mais également pour le monde entier.

Et je promets de ne jamais cesser de le répéter, parce que les Américains ont besoin de continuer de l’entendre.

Il a été dit: «Nous ne pouvons pas toujours garantir l’avenir de nos amis, mais nous avons une meilleure chance de garantir le nôtre si nous nous souvenons d’eux.»

Je puis vous assurer que les États-Unis d’Amérique seront toujours un ami et un allié du Canada.

Nous rendons hommage à l’engagement du Canada envers la lutte au terrorisme et aux sacrifices qu’il a faits au nom de la liberté.

Pour ce qui est de Susan et moi-même, vous pouvez nous compter au nombre des plus fervents admirateurs du Canada.

Nous vous remercions d’avoir partagé votre beau pays avec nous au cours des dernières années.

C’était un grand privilège pour nous de vivre ici parmi vous et de vous avoir pour amis.

Que Dieu bénisse le Canada… Et qu’Il bénisse les États-Unis.

Je vous remercie.

[fin]

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